Mission de 6 mois : pourquoi 4 % de portage peuvent coûter moins qu'une SASU dès le 2e mois
Face à une mission de six mois, beaucoup de freelances éliminent trop vite le portage salarial à cause des 4 % de frais de gestion. Le raisonnement paraît simple. Il est souvent faux, surtout quand on compare mal le coût réel entre portage et SASU.
Le pourcentage affiché ne dit presque rien à lui seul
Voir 4 % sur une brochure pousse naturellement à comparer ce chiffre à zéro. Zéro frais de gestion en micro-entreprise, zéro commission visible en SASU. Sur le papier, l'affaire semble pliée. En pratique, non, parce qu'un statut ne se résume jamais à sa ligne la plus voyante.
Une mission de six mois concentre justement ce biais. Elle est assez longue pour faire émerger les coûts oubliés, mais pas assez pour amortir sereinement une création de société, une organisation comptable ou des ajustements de trésorerie un peu fragiles. C'est là que le calcul devient moins propre, et plus vrai.
Le mauvais réflexe : comparer une commission à une illusion de gratuité
En micro-entreprise, vous payez des cotisations proportionnelles au chiffre d'affaires, avec des règles de plafond, l'absence de déduction des frais et une protection sociale limitée sur plusieurs sujets. En SASU, vous ajoutez souvent expert-comptable, banque pro, assurance, outils de facturation, formalités, éventuellement CFE, sans compter le temps passé à piloter l'ensemble.
Autrement dit, ce qui paraît gratuit est souvent déplacé ailleurs. Et ce déplacement coûte. Parfois en euros, parfois en fatigue administrative, parfois en trésorerie immobilisée. C'est moins visible qu'une commission, mais rarement moins réel.
Les coûts cachés qui faussent le choix dès le deuxième mois
Quand un consultant compare le portage salarial à la micro-entreprise pour une mission de 6 mois, il oublie souvent quatre blocs de coûts.
- Le temps administratif : création, suivi, relances, déclarations, conformité.
- Les frais fixes : comptabilité, compte bancaire, assurance, logiciels, formalités.
- La trésorerie réelle : décalage entre facturation, encaissement et revenu disponible.
- La protection : arrêt de travail, prévoyance, retraite, chômage, crédibilité bancaire.
Le deuxième mois est souvent le moment où l'arbitrage se durcit. Le premier passe sur l'élan de la signature. Ensuite arrivent les premières factures, les délais clients, les questions sociales, la paperasse qui s'accumule un peu en silence. Et si le client paie à 30 ou 45 jours, le fameux écart entre chiffre d'affaires et argent utilisable devient très concret.
En portage, nous le voyons souvent sur des profils IT, finance ou conseil : le sujet n'est pas seulement combien coûte le statut, mais combien il laisse de revenu pilotable chaque mois. C'est précisément ce que mesure un simulateur de revenus sérieux, beaucoup mieux qu'un comparatif réduit à une seule colonne.
Quand la mission démarre vite, la trésorerie pèse plus lourd que les frais
Une société récente peut fonctionner très correctement, bien sûr. Mais sur une mission moyenne, elle exige une discipline immédiate. Il faut provisionner les charges, anticiper la paie ou les dividendes, organiser la comptabilité, absorber les éventuels retards de paiement. Rien d'insurmontable. Juste, rien de neutre.
Le portage salarial change ici un point décisif : la paie est versée à date fixe en fin de mois, même si le client n'a pas encore réglé. Cette avance de trésorerie non facturée change profondément le confort de gestion sur une mission courte à moyenne durée. Le coût apparent de 4 % doit donc être comparé à ce service réel, pas à une structure théorique sans friction.
Nous détaillons d'ailleurs ce mécanisme dans notre page sur le fonctionnement du portage salarial, parce qu'il touche à la fois au revenu, au risque et à la charge mentale. Les trois, ensemble.
Une mission à Nantes a fait tomber le faux calcul en trois semaines
Le consultant avait signé six mois en direction de programme, avec un bon TJM et une certitude tranquille : créer une SASU serait plus rentable que payer 4 % de portage salarial. Son tableur était impeccable, presque trop. Il avait oublié la banque pro, les frais de comptabilité, la RC Pro, puis surtout le délai de règlement du client, plus long qu'espéré.
Très vite, son problème n'a plus été le pourcentage, mais la circulation de l'argent. Il fallait se verser quelque chose, garder des réserves, répondre à deux demandes administratives du client et maintenir une présentation propre de ses revenus. En reprenant le calcul avec notre simulateur, puis avec les repères de cet article sur les délais de paiement, l'écart réel s'est fortement resserré. À revenu comparable, le portage redevenait lisible, et surtout respirable. C'est un mot qu'on sous-estime.
La bonne décision n'était pas la moins chère sur Excel. C'était celle qui tenait debout jusqu'au cinquième bulletin.
Une simulation simple pour comparer sans se raconter d'histoires
Prenons un ordre de grandeur volontairement simple : 800 euros de TJM, 18 jours facturés par mois, sur 6 mois, soit 86 400 euros de chiffre d'affaires théorique.
En micro-entreprise, la lecture peut sembler attractive au départ, mais elle se heurte vite aux plafonds, à l'impossibilité de déduire vos frais réels et à une protection moins confortable. En SASU, vous pouvez optimiser davantage, mais au prix d'une mécanique plus lourde et de coûts périphériques qui s'additionnent. En portage, vous avez une lecture plus directe : des frais plafonnés à 500 euros par mois, aucun besoin de créer de société, pas de comptabilité, une couverture salariale complète et des frais professionnels mobilisables selon le cadre.
Il faut aussi regarder l'amont et l'aval. Une mission de six mois ne vit pas seule. Elle s'insère dans un parcours d'indépendant, avec parfois un projet immobilier, une location à sécuriser, ou simplement le besoin de ne pas perdre une demi-journée par semaine en gestion. Sur ce point, la lisibilité du bulletin de paie reste un vrai levier, comme nous l'expliquons dans notre analyse sur la lecture bancaire des revenus.
Pour affiner vos hypothèses de cotisations et de seuils, les ressources de l'URSSAF et de Service-Public.fr restent utiles. Encore faut-il ensuite relier ces règles à votre trésorerie concrète, ce qui est une autre affaire.
Choisir avec les bons critères, pas avec un seul chiffre
Le vrai sujet n'est pas de savoir si la SASU, la micro-entreprise ou le portage sont abstraitement meilleurs. Il est de savoir quel cadre vous laisse le plus de revenu net utilisable, le moins de friction administrative et le niveau de sécurité adapté à votre mission. Pour un consultant autonome, bien vendu, sur une mission de quelques mois, le portage peut coûter moins qu'il n'y paraît précisément parce qu'il évite des coûts périphériques mal comptés.